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C est en 2013 que Viktoria Sölweg envisage son travail de peintre en relation avec la « rivalité mimétique ».

 

elle entrevoit qu’il est plus difficile d’aimer et de vivre une passion par soi-même car la société actuelle – fortement égalitaire – nous pousse à aimer par procuration. Notre désir est d’abord dicté par celui d’autrui.

C’est la naissance d’une pathologie en puissance dans la mesure où l’on désire par le truchement des autres. C’est aussi le début d’une aliénation et cela peut parfois très mal se terminer.

Etre passionné, Viktoria devient en quelque sorte une figure héroïque qui ne correspond pas à l’esprit du temps.

elle se lance éperdument dans la peinture comme dans une aventure chevaleresque.

En quête d’exploits, elle occulte le monde réel à la manière peut-être du célèbre Don Quichotte. Celui-là même qui prenait « les auberges pour des châteaux, les moulins à vent pour des géants et les paysannes pour de nobles dames... »

Si la comparaison peut paraître incongrue, elle a toutefois l’avantage de caractériser sa démarche d’artiste qui fonctionne à rebours dans un monde qui est en réalité à l’envers.

Car elle, en revanche, se situe bien à l’endroit puisqu’elle désire directement par elle même. elle veut tout simplement devenir un artiste par amour de la peinture alors que le monde fonctionne à l’opposé, ne valorisant que le désir par l’intermédiaire des autres.

Effectivement nous vivons dans le monde concurrentiel de la démocratie où les modèles pullulent et c’est pourquoi nous pouvons plus difficilement désirer par nous-mêmes.

C’est la loi du désir par procuration qui s’impose et par conséquent le désir est dicté principalement par le désir d’autrui d’où cette « rivalité mimétique » énoncée par René Girard.

Inévitablement, l’artiste va se heurter au monde environnant.

C’est pourquoi son œuvre est à l’unisson d’une catastrophe inévitable, d’un jaillissement que rien ne peut entraver.

Un langage classique et romantique

Son art va tout d’abord s’inspirer de l’époque classique, d’où sa première série intitulée « Baroque » (). elle va s’imprégner de cette période dans le but d’asseoir son œuvre sur du solide avec pour corollaires l’ordre, la clarté et la simplicité.

A la manière d’un Poussin qui fuyait la confusion et cherchait les choses ordonnées.

Ce grand artiste du XVII ° s. privilégiait, en effet, un art architecturé et rigoureux et excellait dans la science de la composition.

Viktoria va donc utiliser les motifs de cette peinture classique pour immortaliser son rêve de devenir un peintre reconnu et héroïque malgré les couleurs sombres qui menacent son parcours à l’exemple du monde environnant. environnant

Avec la série intitulée « Dimensions », l’artiste atteint, ce moment paroxystique d’une apocalypse qui commence dès sa première œuvre réalisée .

C’est le déchaînement final d’un peintre qui s’émancipe de tout. Les formes ont disparu au profit de la seule couleur, car elle seule inonde et fait chavirer tout l’espace de la toile.

Pour ce faire, elle montre une œuvre riche et fraiche, impétueuse et étonnamment révoltée. Un processus pictural dynamique qui fait penser à « l’Action painting ».

Tout ce que vit l’artiste, ses révoltes et ses désespoirs s’exprime encore plus intensément dans les toiles de cette série.

Une action picturale spontanée très proche de l ‘ « expressionnisme abstrait. » Sa peinture devient véritablement l’expression d’un art dramatique.

Mais cette peinture va marquer définitivement une rupture. Après cette série « dimensions », la rivalité mimétique qui avait été le moteur de sa peinture s’est cassé en quelque
sorte.

« Depuis que je ne suis plus dans cette relation combative, rivalitaire, ce sont les tableaux de la série « Oxygène ». Cela signifie la fin de ce combat étouffant, ravageur pour l’artiste… »

elle ressent même une sorte de vacuité s’installer en elle après la production impressionnante j’ai fait plus de 100 tableauxen deux ans : une production hallucinante d’une très grande distance alors qu’auparavant j’avais zéro distance puisque j’étais dans la rivalité. »

Mais cette expérience récente de la vacuité et du rien que ressent Viktoria Sölweg après des années passées dans la rivalité mimétique ne cache-t-elle pas au contraire une nouvelle forme de fécondité créative de son auteur ?

La formule de Samuel Beckett selon laquelle « Rien n’est plus réel que le rien » est en effet, à l’origine, selon lui, d’une surpuissance de fécondité créative.

En cela, il rejoint aussi Derrida pour qui « conscience de rien à partir de laquelle toute conscience de quelque chose peut s’enrichir, prendre sens et figure. » ( J.Derrida, l’Ecriture et la différence, Paris, Seuil, 1967, p.18)

Et donc comme Beckett, la croyance en l’obscurité peut devenir le meilleur moyen pour la création. « l’obscurité que je m’étais toujours acharné à refouler est en réalité mon meilleur …indestructible association jusqu’au dernier soupir de la tempête et de la nuit avec la lumière de l’entendement. » ( S. Beckett, la dernière bande, paris, Minuit, 1959, p.22-23)

Finalement la preuve est attestée par les œuvres les plus récentes de Viktoria Sölweg où la vision du rien, avec son potentiel de surpuissance créatrice se dissémine avec beaucoup d’audace et sans aucune forme de complaisance.

Pour augmenter encore la puissance éclairante des couleurs, Viktoria n’hésitera pas à reprendre à son compte le système de la grille.

Grâce à elle, l’artiste fait entrer la transparence par le réseau de lignes comme les mailles d’un filet en capturant les flux lumineux.

elle installe également le mouvement par ce réseau nerveux de l’image.

Par ailleurs, les couleurs utilisées sont souvent vives et éclatantes. Plus précisément ce sont les couleurs dites primaires qui prédominent (le jaune, le rouge et le bleu). Trois couleurs symboliques de la terre, de l’eau et du végétal. D’ailleurs tous les autres coloris dérivent de ces couleurs de base.

Mais Viktoria Sölweg instrumentalise toujours symboliquement sa peinture dans un but guerrier. A ce titre, son filet de la grille pourrait faire penser au rétiaire (« combattant au filet » en latin) qui était un des types de gladiateurs romains.

La métaphore est surprenante et permet toujours d’imaginer l’artiste dans la poursuite d’un combat mimétique.

Enfin ce peintre utilise un langage très empreint de romantisme. elle peint toujours un drame intérieur à la société, qui est le nôtre actuellement. Ainsi il pourrait sans difficulté reprendre à son compte ce que disait un certain Géricault sur sa peinture qui choquait ses contemporains :

« C’est une peinture jetée sur les murailles avec des seaux de couleurs et des balais en guise de brosse.»

 

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